Les fiches techniques promettent un COP de 3,5 ou 3,7. Dans un garage à 7 °C en janvier, votre ballon tournera plutôt autour de 2. Ce guide vous donne la consommation réelle d’un chauffe-eau thermodynamique (CET) selon la taille de votre foyer, en kWh et en euros, avec toutes les hypothèses pour refaire le calcul chez vous.
Notre verdict : pour une famille de 4, comptez 700 à 1 300 kWh par an (140 à 260 € au tarif réglementé), soit 2 à 3 fois moins qu’un cumulus électrique. Pas 4 fois moins : ce ratio n’existe qu’en laboratoire.
La formule en une ligne
kWh consommés = besoin en eau chaude (kWh) ÷ COP réel.
Le besoin se calcule avec la formule physique de base : 1,163 Wh pour chauffer 1 litre d’eau de 1 °C.
Exemple pour une personne : l’ADEME retient en moyenne 56 litres d’eau à 40 °C par jour et par personne (± 23 L). Avec une eau froide à 13 °C :
- 56 L × (40 − 13) °C × 1,163 Wh = 1,76 kWh par jour, soit 642 kWh par an de chaleur utile.
- Avec un COP réel de 2,5 : 642 ÷ 2,5 = 257 kWh d’électricité par an, soit environ 51 € par personne.
Le COP réel dont on parle ici est un COP annuel « système » : eau chaude puisée divisée par électricité consommée, pertes du ballon et appoint compris. C’est ainsi que les campagnes de mesure le calculent, et c’est le seul qui compte pour votre facture.
Le calcul : consommation par foyer et par capacité
| Foyer | Capacité conseillée | Besoin utile (kWh/an) | CET, COP réel 2,5 (kWh/an) | Coût CET (€/an) | Cumulus électrique (kWh/an) | Coût cumulus (€/an) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2 personnes | 150 L | 1 284 | 513 | 103 € | 1 795 | 359 € |
| 3 personnes | 200 L | 1 926 | 770 | 154 € | 2 437 | 488 € |
| 4 personnes | 250 L | 2 567 | 1 027 | 205 € | 3 078 | 616 € |
| 5 personnes | 300 L | 3 209 | 1 284 | 257 € | 3 720 | 744 € |
Hypothèses (modifiez-les avec vos chiffres) :
- Besoin : 56 L/jour/personne à 40 °C (guide technique ADEME/COSTIC sur les besoins d’eau chaude sanitaire, 2016). Ce chiffre baisse quand le foyer grandit (environ 80 L pour une personne seule, 45 L par personne à 5) : le tableau est donc un peu pessimiste pour les grands foyers.
- Eau froide : 13 °C en moyenne annuelle. Les campagnes ADEME mesurent plutôt 16 °C, mais dans des régions douces ; nous prenons une valeur prudente.
- COP réel : 2,5 (voir plus bas pourquoi). Il descend à 2 dans un local froid et monte à 3 dans une buanderie tempérée.
- Cumulus : besoin utile + 1,4 kWh/jour de pertes statiques (511 kWh/an), valeur moyenne mesurée par Enertech pour l’ADEME sur 20 chauffe-eau électriques suivis pendant un an (rapport 2018).
- Prix : 0,2001 €/kWh, tarif réglementé (Tarif Bleu) option Base 6 kVA, en vigueur depuis le 1er août 2026, hors abonnement.
Vérifié le 24/09/2026 (source : CRE, évolution des TRVE au 1er août 2026 et grille EDF Tarif Bleu)
Pour une famille de 4, la fourchette réaliste va de 688 kWh (45 L par personne, COP 3) à 1 284 kWh (56 L par personne, COP 2). C’est l’origine de notre verdict.
Ce que dit ce tableau sur la consommation d’un ballon de 200 L : autour de 770 kWh par an pour 3 personnes. Pour un 300 L à 5 personnes, environ 1 280 kWh. Un 300 L installé pour 3 personnes ne consommera pas moins : il consommera même un peu plus, car l’ADEME a observé que le surdimensionnement fait baisser le COP annuel. À notre avis, c’est l’erreur de dimensionnement la plus fréquente (voir notre page ballon thermodynamique 300 litres avant de l’acheter).
COP catalogue ou COP réel : d’où vient l’écart
Le COP affiché sur une fiche est mesuré selon la norme EN 16147, en laboratoire, avec un air à +7 °C (modèles sur air extérieur) ou +15 °C (modèles sur air ambiant), une eau froide à 10 °C et un profil de puisage normalisé. Deux fabricants qui n’annoncent pas la même température d’air ne sont pas comparables.
Chez vous, trois choses changent :
- La température de l’air : les essais COSTIC menés pour l’ADEME montrent une perte moyenne de 2 % de COP par degré d’air en moins.
- La consigne d’eau : régler le ballon à 60 °C dégrade le COP de 40 à 60 % par rapport à une consigne de 45 à 50 °C (mêmes essais).
- Le puisage : plus vous videz le ballon, meilleur est le COP. Un ballon trop grand tourne surtout pour compenser ses pertes.
Les données terrain sont rares et, soyons francs, anciennes pour les CET. La campagne ADEME in situ de 2010 à 2012 a mesuré des COP annuels de 0,96 à 1,75 sur six maisons, avec des appareils de première génération. Sa conclusion reste valable : un gain de x2 à x3 par rapport à un cumulus, mais des performances « très sensibles aux conditions d’installation, d’exploitation et de régulation ».
Côté pompes à chaleur de chauffage, la campagne ADEME publiée en octobre 2025 sur 100 PAC instrumentées donne un SCOP réel moyen de 2,9 pour les PAC air-eau, avec de fortes disparités et environ un tiers d’installations qui n’atteignent pas leur potentiel. Les appareils ont progressé depuis 2012 : nous retenons donc un COP réel de 2,5 pour un CET récent bien installé, et 2 dans un local froid. Aucune campagne française récente et publique ne mesure spécifiquement les CET ; si elle paraît, nous mettrons ce chiffre à jour.
Ce qui fait grimper votre consommation
- Une pièce froide. Garage non isolé, abri de jardin : l’ADEME a relevé des COP de 0,2 à 0,6 sur un ballon installé dans un simple abri hors d’eau. Le parti pris que nous défendons partout : l’emplacement fait la performance, pas la marque.
- L’appoint électrique. Sous la température d’air minimale de la pompe à chaleur (souvent entre −5 et +5 °C selon les modèles), la résistance prend le relais avec un COP de 1. Un appoint forcé en permanence, et votre CET consomme autant qu’un cumulus : l’ADEME l’a mesuré.
- Une consigne à 60 °C ou plus. Réglez 52 à 55 °C, ce qui suffit pour une famille de 4 dans un ballon bien dimensionné.
- Un anti-légionellose trop fréquent. Le cycle monte l’eau vers 60 à 65 °C, souvent via la résistance. Une fois par semaine est un réglage courant ; un cycle quotidien est inutile en maison individuelle sans bouclage.
- Un bouclage d’eau chaude. La boucle perd de la chaleur en continu. Voir notre guide bouclage et ballon thermodynamique.
Mois par mois : pourquoi l’hiver coûte 2 fois l’été
Exemple pour 4 personnes (224 L/jour à 40 °C), ballon dans un garage non chauffé :
| Mois type | Eau froide | Air du garage | Besoin utile (kWh/jour) | COP retenu | Électricité (kWh/mois) | Coût (€/mois) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Janvier | 9 °C | environ 7 °C | 8,1 | 2,0 | 125 | 25 € |
| Juillet | 18 °C | environ 20 °C | 5,7 | 3,0 | 59 | 12 € |
En hiver, vous chauffez une eau plus froide avec un air plus froid : les deux effets se cumulent. Résultat, un rapport de 2,1 entre janvier et juillet. C’est cohérent avec la campagne Enertech/ADEME sur les cumulus : 171 kWh en janvier contre 87 kWh en août, soit un facteur 2. Et encore, nous n’avons pas compté la baisse des puisages en été, qui creuse l’écart.
Les heures creuses réduisent la note (0,1589 €/kWh en HC au Tarif Bleu, soit environ 163 € par an au lieu de 205 € pour 4 personnes, abonnement mis à part), mais la nuit est aussi le moment où le garage est le plus froid. Nous détaillons ce compromis dans ballon thermodynamique et heures creuses.
Comment mesurer votre consommation réelle
- Le compteur intégré. Beaucoup de modèles récents connectés affichent l’énergie consommée, parfois séparée entre pompe à chaleur et appoint. Si l’appoint dépasse 20 % du total sur l’année, quelque chose cloche (réglage ou emplacement).
- Un sous-compteur sur la ligne du ballon au tableau électrique, posé par un électricien (compter quelques dizaines d’euros de matériel). C’est la mesure la plus fiable.
- Linky. En activant l’historique horaire dans votre espace client, vous repérez les chauffes du ballon, surtout si elles tombent en heures creuses.
Divisez ensuite votre besoin estimé (formule ci-dessus) par les kWh mesurés : vous obtenez votre COP réel.
Ça vaut le coup si
- Vous êtes 3 ou plus : l’économie dépasse 300 € par an face à un cumulus (tableau ci-dessus).
- Vous avez un garage, un cellier ou une buanderie qui reste au-dessus de 10 °C l’hiver, ou une installation sur air extérieur gainé bien dimensionnée.
- Vous acceptez de régler la consigne autour de 55 °C et de vérifier l’appoint une fois par an.
Passez votre chemin si
- Vous êtes seul ou à deux : l’écart avec un cumulus tombe autour de 250 € par an, pour un surcoût d’achat qui se rembourse lentement. Faites le calcul complet dans chauffe-eau thermodynamique : est-ce rentable ?.
- Le seul emplacement possible est un abri extérieur non isolé ou une pièce chauffée (le CET sur air ambiant y refroidit votre logement).
- On vous vend un 300 L « pour être tranquille » alors que vous êtes 3.
Le COP réel se joue à la pose
Le COP réel dépend du volume d’air disponible, de la longueur des gaines, du réglage de la consigne et de l’appoint. C’est précisément ce qu’un installateur RGE mesure lors de sa visite, et c’est aussi la condition pour toucher la prime CEE bonifiée jusqu’au 31 décembre 2026. Pour préparer cette visite, lisez notre guide installation d’un chauffe-eau thermodynamique, comparez les capacités (200 litres, 250 litres), puis trouvez un installateur RGE près de chez vous.
Sources : ADEME/COSTIC, guide technique « Les besoins d’eau chaude sanitaire en habitat individuel et collectif » (2016) ; ADEME/COSTIC, essais de CET en laboratoire, synthèse publiée par xpair (2011) ; ADEME, résultats de campagnes de mesure in situ des CET (2010-2012) ; Enertech pour l’ADEME, suivi des performances réelles des chauffe-eau à effet joule (2018) ; ADEME, campagne de mesure 100 PAC (2025).